LES COMMUNAUTES ETHNIQUES

La Guinée-Bissau est un petit pays à l'échelle de l'Afrique. C'est néanmoins un pays forestier et à ce titre, de nombreuses communautés ethniques profitant des ressources sylvestres y vivent depuis des siècles. Certaines ne s'y sont installées qu'au début du siècle, certaines ne comptent que quelques centaines de membres dans un département, d'autres sont présentes dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. La Guinée-Bissau est donc un pays très riche au point de vue de la diversité, des traditions et de la culture.
Si nous prenons en compte les critères de mode de vie, de religion, de langues, d'histoire, de physionomie et de culture, plus d'une vingtaine d'ethnies cohabitent au total en Guinée-Bissau.

Le pays reste fondalement fière et attachée à ses traditions. Mais montrer en photo un Manjak en tenue traditionnelle ne doit pas être fait sans prévenir les internautes et notamment les étrangers que traditions et folklore sont compatibles avec développement et modernité. La tenue, l'environnement traditionnel conditionnent l'appartenance à une culture, à un clan. N'importe quel Bissau-guinéen peut dire de quelle communauté est son compatriote habillé devant lui en habit traditionnel. Un cadre d'entreprise travaillant à Bissau ou un enseignant travaillant à Catio et revenant tous deux au village pendant leurs vacances revêtiront souvent les tenues de cérémonie ou les tenues traditionnelles lors des fêtes ou des évènements religieux. Présenter dans cette page les Malinkés avec une photo de féticheur est donc un choix qu'il faut expliquer : 99% des Malinkés que l'on croise en Guinée-Bissau portent une robe, un jean ou mieux encore une chemise tissée localement avec du coton africain. Mais la tenue du féticheur malinké est aussi représentative et emblèmatique que la coiffure des bigoudennes bretonnes. Préciser tout cela est un préalable indispensable avant de présenter les communautés ethniques bissau-guinéennes.

Religion dominante : (musulmans)  (chrétiens) (religions traditionnelles)

Les peuples du Nord

Femme BalanteBalantes et Mansoankas C'est l'ethnie la plus importante du pays. Ils sont cultivateurs du Nord au Sud de la Guinée-Bissau (de Bissora à Catio). Leur spécialité est la culture d'anacardier dont ils tirent de la pomme le vin de cajou appelé Cadjou. L'exportation vers l'Inde de la noix de cajou donne en outre un force économique importante aux villages installés en pays balantas. L'élevage de boeufs est également un activité traditionnelle prédominante tant le sacrifice de ce bovin est important dans toutes les étapes de la vie (initiation, mariages, décès, etc...). Les Balantes ont souvent le teint assez clair. Leur passé de guerriers a franchi les frontières durant la guerre d'indépendance puisqu'ils ont fourni une grosse partie des guerilleros du PAIGC. De même, de l'arrivée des Portugais au XVe siècle, jusqu'au début de la guerre d'indépendance, de nombreuses rébellions et attaques initiées par les chefs balantes ont donné du fil à retordre à l'armée portugaise.
La "parenté à plaisanterie" fait dire aux autres ethnies que les Balantes sont des voleurs. L'origine de cette réputation tient au fait que pour prouver son courage à sa future épouse, un Balante doit voler un boeuf !
Si on peut croiser tant d'hommes portant un bonnet rouge, c'est que cet attribut montre leur état d'initié, statut auquel ils ne peuvent accéder qu'après les épreuves du bois sacré (le Balante doit être marié et avoir des enfants pour être initié et être circoncis). L'ex-président Kumba Yalla ne dérogeait pas à la règle et portait en permanence sont bonnet rouge façon "commandant Cousteau". L'année 2002 a marqué une date importante dans la vie des Balantes puisque c'est une année d'entrée dans le bois sacré pour les jeunes futurs initiés (les entrées dans le bois sacré ne se font pas chaque année). Cette attachement aux traditions fait que les Balantes son majoritairement adeptes des croyances traditionnelles même si, en ville, quelques familles sont catholiques.

Photo à droite : femme balante à Bissau

Les Balantes sont présents en Casamance, en Guinée-Bissau et en Gambie
Population en Guinée-Bissau : 420000
Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse, agriculture, fabrication d'alcool (cana et cajou)

Voir aussi l'article sur l'initiation des Balantes.

Enfants BijagosBijagos (Bidiogos, Bissagos) : Cette communauté la plus mystérieuse de Guinée-Bissau vivent dans l'archipel du même nom. Ils symbolisent à eux seuls toute la résistance du peuple bissau-guinéen. Ce sont un peu les "irréductibles Gaulois" d'Afrique. En cinq siècles de colonisation, ils ne se sont jamais soumis à l'occupant portugais. Jusqu'à l'Indépendance, les troupes portugaises ont dû faire face règulièrement à des attaques meurtrières dans l'ensemble de l'archipel. Leurs traditions préservées grâce à leur fierté sont peu connues. La moitié des îles de l'archipel sont inhabitées et servent autant aux activités agricoles qu'aux cérémonies, aux libations et initiations en tous genres. Certaines îles n'ont jamais reçu la visite d'une seule femme bijagos. On sait néanmoins que l'enfant, et l'adolescent ont une vie enviable. Jusqu'à l'âge de 22 ans, les jeunes Bijagos ne travaillent pas et peuvent avoir une activité sexuelle débridée avec plusieurs partenaires. La famille les prends en charge à 100% et ils n'ont à se soucier de rien. Leurs 22 ans révolus, ils doivent s'exiler dans des îles éloignées de leur village durant un grand laps de temps qui sera dédié au travail et à l'initiation, étape obligatoire pour devenir un homme. Même si le royaume des Bijagos est l'archipel, ils ne sont traditionnellement pas pêcheurs et laissent cette activité aux Sénégalais installés à Bubaque. Seuls quelques hommes pêchent à l'aide d'un épervier. Le pagne traditionnel, en fibre de bois coloré, est toujours le principal habillement des Bijagos.

Photo à droite : Gosses bijagos avec leur pagne traditionnel sur la route de Bruce (île de Bubaque) Cliquez pour agrandir

Population en Guinée-Bissau : 25 000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture-Chasse

Nino Vieira, roi des PepelsPapels (Pepels): Nino Veira, l'actuel président bissau-guinéen fait partie de cette ethnie. C'est autour de la ville de Bissau, dans la région du Biombo qu'ils sont traditionnellement présents. Ils sont linguistiquement et culturellement proches des Mankagnes et des Manjaks. Le quartier de Bissau "Chao de Pepel" porte bien son nom! En milieu rural, ils sont traditionnellement cultivateurs. Ils bénéficient d'ailleurs de l'un des terroirs les plus propices à la culture du riz. Ils sont le plus souvent catholiques. Leurs noms de famille sont à l'instar des Manjak le plus souvent d'origine portugaise : Pereira, Lopes, Veiria, Correia, Monteiro, Ca, etc..

Photo à droite : "Nino" Vieira, le président bissau-guinéen est un Pepel

Voir aussi l'article d'Anna Borrel intitulé "Mystères et sortilèges en Guinée-Bissau, la pirogue ensorcelée".

Les Pepels sont présents dans les pays suivants : Casamance, Guinée-Bissau, Guinée
Population en Guinée-Bissau : 110 000
Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse, agriculture

Scarifications chez une jeune fille manjakManjaks : Les Manjaks (on écrit également manjack ou manjaques) consituent la communauté la plus dynamique de Guinée Bissau. Quoi dire d'eux sinon qu'ils sont multicartes ! En zone rurale, ce sont des agriculteurs émérites. De la culture du riz à la récolte du vin de palme, leur talent dans ce domaine est incontestable. Mais ils excellent également dans l'artisanat. En Guinée-Bissau, mais aussi dans tous les pays frontaliers, quelle ville n'accueille t'elle pas un tisseran manjak ? En effet, l'artisanat du tissage de tissu et de pagnes est une véritable tradition chez les Manjaks. C'est à l'Ouest que l'on retrouve les villages manjaku, principalement dans la région du Cacheu : villes de Canchungo, Cacheu, Calequisse, îles de Pecixe, Jeta, etc...
En Guinée-Bissau, les Manjaks sont principalement adeptes des croyances traditionnelles. Cependant, nombreux sont également les catholiques ainsi que quelques musulmans.

Photo à droite : scarifications traditionnelles chez une jeune manjak vers 1920

Très tôt, la communauté manjaku s'est ouverte au monde. Les premiers immigrés africains en Europe furent souvent des hommes manjaku, embarqués comme matelots dans les navires marchands. La guerre d'indépendance en Guinée Bissau fut également une raison pour essayer de trouver plus de prospérité ailleurs. La plupart des Manjaks du Sénégal sont d'origine bissau-guinéenne. En Europe, et surtout en France, la communauté manjak installée parfois depuis plusieurs générations garde de forts liens avec le village d'origine. Les associations de ressortissants manjaks sont innombrables et les fonds récoltés permettent d'initier des projets importants : écoles, dispensaires, etc... Parallèlement à ça, de nombreux Manjaks investissent à Bissau dans des commerces, taxis, bars, etc... Economiquement puissante, la communauté manjak est aussi le vivier d'un grand nombre de sportifs de renommée internationale, principalement dans le domaine des arts martiaux et du football. Les noms de famille les plus répandus sont Mendy, Gomis, etc...

Les Manjaks sont présents dans les pays suivants : Gambie, Casamance, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 220 000
Activité traditionnelle en milieu rural : tissage, culture

Lien externe : l'association Calequisse (du nom du village)
Lien externe : Cercle de développement de la diaspora manjaku
Lien externe : Le portail manjak.fr
Lien externe : Kandeer Manjaku, portail culturel manjak

& Rituels divinatoires et thérapeutiques chez les Manjaks de Guinée-Bissau et de Casamance de Maria Teixeira

Tournoi de lutte chez les  Diolas FloupsDiolas : Ils sont assez nombreux dans les régions de Varela et São Domingos (nord-ouest de la Guinée-Bissau). En fait les Diolas sont divisés en de nombreuses communautés qui parfois ont des langues assez différentes : les Essyls, les Fognis, les Erings, les Bayots ou les Floups font partie de ces sous-ethnies diola qui ont donné leurs noms aux terroirs qu'ils occupent. Les plus nombreux en Guinée-Bissau sont les Floups et les Bayots... Les plus connus sont sans aucun doute les Floups dont le roi, le roi d'Oussouye (en Casamance), exerce encore des pouvoirs traditionnels importants.

Photo à droite : tournoi de lutte diola en l'honneur du roi des Floups

Ils sont pour la plupart agriculteurs et excellent dans la culture du riz à laquelle ils ont apporté des techniques agricoles très avancées. Mais les missions catholiques prodiguant un enseignement de qualité, notamment en Casamance, de l'autre côté de la frontière, on les retrouve aujourd'hui parmi les cadres les plus élevés de l'économie, de l'administration ou de la politique. Un des présidents par intérim après la chute de Nino fût d'ailleurs un Diola : Malam Bacam Sagna (Sanha).
Une partie importante de la présence diola en Guinée Bissau est constituée de réfugiés harcelés par l'armée sénégalaise en Casamance où nombreux sont les villages qui ont été anéantis. Le chef emblèmatique de la rebellion est d'ailleurs diola : l'abbé Augustin Diamacoune. Leurs noms de famille les plus courants sont Diatta, Badji, Sagna, Goudiaby, Mane, Sanne, Badiane, Bassene, Himbane, etc.. Si de nombreux Diolas sont musulmans au Sénégal (les Fognis), la plus grande partie des Diolas de Guinée Bissau sont soit catholiques soit adeptes des croyances traditionnelles.

Les Diolas sont présents dans les pays suivants : Casamance, Gambie, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : ~35 000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

& Proverbes Joola de Nazaire Diatta .
& Parlons Joola. Langue et culture des Diolas. Méthode de langue de Christian Sina Diatta
& Et le lièvre vint-- : récits populaires diola de Louis-Vincent Thomas

Mankagnes : apparentés culturellement et linguistiquement aux Manjaks et aux Pepels, ils occupent la même zone de peuplement en Guinée-Bissau. Leur activité principale est l'agriculture qu'ils pratiquent notamment dans le secteur de la riziculture mais également dans les vergers (mangues, anacarde, etc...).
Beaucoup ont choisi de se convertir au catholicisme et la proportion de chrétiens chez les Mankagnes est supérieure à celle que l'ont retrouve chez leurs cousins Manjaks et Pepels. Parmi leurs noms de famille les plus répandus on peut citer Samy et Badiana. L'amitié qu'on a sur Guinee-Bissau.net pour les Mankagnes, notre famille, nous fera dire avec partialité qu'en plus d'avoir la meilleure gastronomie du pays, les Mankagnes ont un sens de l'honneur infaillible en plus de faire preuve au quotidien de gentillesse, de générosité et de loyauté. C'est chez les Mankagnes que l'étranger est le mieux accueilli ("étranger" au sens large car l'étranger en Afrique est celui qui n'est pas de la famille). Bref, Viva Mankañas !

Commentaire d'un internaute (octobre 2007) : J'ai été trés charmé de voir le commentaire que l'auteur du site afait sur les Mancagnes et qui traduit la réalité; la seule chose que j'aimerais ajouter c'est qu'il a oublié ou qu'il ne sait aps que les Mancagnes, en fait, sont des Peuls qui ont quitté le Fouta Djalon actuel des villages d'origine de Popadara et Duka pour refuser toute islamisation. D'ailleurs jusqu'à présent les Peuls les considèrent comme des Foulbés non fulaphones. Je suis moi-même un mancagne descendant en ligne direct de la chef traditionnelle mancagne qui régne sur les Mancagnes depuis 1530. Merci je me tiensà votre disposition pour d'autres renseignements sur les Mancagnes

50 000 au total dans les pays suivants : Gambie, Casamance, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 40 000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

Baïnouks : Ils sont peu nombreux en Guinée-Bissau  et occupent quelques rares villages ou quartiers. Comme les communautés du Nord du pays, ils sont souvent agriculteurs (riz, mil, etc...) et éleveurs. Ils sont aussi souvent catholiques que musulmans. Le nom de famille Baïnouk le plus répandu est Diandy. Il semble qu'ils constitue l'ethnie la plus ancienne de Casamance.

<10 000 au total dans les pays suivants : Gambie, Casamance, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : <3000
Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse-cueillette

Cobianas
<1000 au total dans les pays suivants : Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 500
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

Cassangas
<1000 au total dans les pays suivants : Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 500
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

Les Mandingues

Le groupe "mandingue", héritier de l'Empire du Mali, est formé par de nombreuses communautés ethniques aux traditions et aux langues qui diffèrent sensiblement. Mandingues, Malinkés, Socés ou Bambaras sont présents dans toute l'Afrique de l'Ouest. En Guinée-Bissau, les régions centrales et orientales du pays accueillent de nombreux villages mandingues.

Mandingues : c'est le principal groupe mandingue en Guinée-Bissau. La région de Farim ainsi que des gros îlots de population autour de Bafatá et Gabú sont peuplés de Mandingues.

1 000 000 au total dans les pays suivants : Gambie, Guinée, Sénégal, Mali, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 190000 
Activité traditionnelle en milieu rural : Commerce-élevage

Chasseur MalinkéMalinkés : malgré leur religion musulmane, ils sont considérés comme les grands sorciers dans les villages où ils habitent. Leur animal fétiche, le lion, est présent dans tous les récits et légendes, et nombreux sont ceux qui paraît-il se transforment en félins sanguinaires. Comme les Bambaras, les Malinkés sont des Mandingues. Assez nombreux dans le Sénégal oriental à la frontière malienne, ils vivent en quartier clos et les vieux sont craints de la population. Si vous voyez un jour un homme recouvert de feuilles et de boue et suivi par un jeune apprenti, soyez certain que c'est un Malinké qui contre quelques pièces va de case en case prédire le futur aux mères de famille à la fois amusées et inquiètes.

Photo à droite : masque traditionnel sur un initié malinké

1 020 000 au total dans les pays suivants : Sénégal, Guinée, Mali, Guinée-Bissau, Gambie
Population en Guinée-Bissau : 1000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

& Apprenez le Malinké avec le livre PARLONS MALINKÉ de Mamadou CAMARA 
& La confrérie des chasseurs Malinké et Bambara : mythes, rites et récits initiatiques de Youssouf Cissé 

Socés
25 000 au total dans les pays suivants : Sénégal, Gambie, Mali, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 2500
Activité traditionnelle en milieu rural : Élevage

Soninkés Ethnie Mandingue du Mali et du Nord est du Sénégal ayant émigré jusqu'en Guinée.
1 200 000 au total dans les pays suivants : Mali, Guinée,Guinée-Bissau,Sénégal, Gambie, Côte d'Ivoire, Burkina
Population en Guinée-Bissau : 5000
Activité traditionnelle en milieu rural : Élevage

Bambaras  Le noyau de l'ethnie se trouve au Mali. Les quelques rares Bambaras bissau-guinéens vivent dans l'Est du pays. Musulmans convaincus ils n'ont pas cette réputation de sorciers que cultivent leurs cousins Malinkés.

3 000 000 au total dans les pays suivants : Mali, Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 500
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

Diarankés Ethnie du Nord-Est de la Guinée-Bissau, proche des Mandingues, peu nombreuse.
25 000 au total dans les pays suivants : Sénégal, Guinée Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 1000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture

Les peuples du Sud

Nalus / Bagas : les Nalus (Nalous) constituent la communauté la plus isolée du pays. En effet, la région du Tombali (frontière avec la Guinée Conakry) fait figure de Far West au vu des infrastructures routières inexistantes ou complètement délabrées et de l'éloignement du pouvoir central. Allez de Cacine, fief et ville principale du pays nalu, à Bissau est toute une aventure. Il n'en fallait pas plus pour que cette communauté, qui compte une majorité de ses membres en Guinée Conakry, s'oriente vers son voisin du Sud finalement plus accessible. Cette relation avec la Guinée Conakry fait que la plupart des Nalus parlent également soussou (langue principale dans l'Est de la Guinée Conakry). L'activité principale des Nalus tourne autour de l'agriculture et principalement aoutour de la riziculture. Leur terroir est en effet situé dans la région la plus arrosée du pays, zone de forêts denses et de mangroves particulièrement propice à la culture du riz. Mais la pêche traditionnelle et le sèchage du poisson font également partie des activités économiques qui tendent à se développer.
Complètement islamisés, les Nalus n'en gardent pas moins leurs traditions séculaires parmi lesquelles les fétiches et les fêtes des masques gardent toute leur place. La statuaire nalu est d'ailleurs l'une des plus belles et des plus recherchées d'Afrique.

20 000  au total dans les pays suivants : Guinée, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 6000
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture-Chasse

Voir aussi la page sur la statuaire Nalu

Biafadas (Beafadas) : les Beafadas occupent un territoire bien délimité consitué par la plus grande partie orientale de l'estuaire du Rio Grande de Buba. Leur activité est principalement agricole avec un terroir très riche et de nombreuses rizières. La fabrication d'huile palme, denrée très chère dans la sous-région, est particulièrement prisée des femmes beafadas. Islamisés en même temps que leurs voisins nalus, les Beafadas ont cependant plus rapidement abandonné les croyances traditionnelles.

Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture
Population en Guinée-Bissau : 42000

On raconte que c’est un paysan beafada qui, découvrant une zone particulièrement riche et accueillante lors d’un voyage de chasse au Sud du Rio Buba (Cubisseco), aurait décidé de s’y établir. Lorsqu’il décrivit ce site à sa famille et à son village, il le dénomma “pada”, transcrivant ainsi le son du coup de feu qui tua le gibier abondant dont il s’était nourri. En portugais, la désignation de l’endroit donna “em Pada”, qui devint le nom d’une des localités les plus importantes de la région. La présence d’une arme à feu fait probablement remonter cette anecdote à moins de trois siècles. (source : RAMSAR)

Soussous : Les Soussous sont l'ethnie majoritaire sur la côte de Guinée-Conakry. Ce sont les habitants principaux de Conakry comme les Lébous le sont à Dakar ou les Papels à Bissau. Quelques communautés soussou vivent dans le Sud de la Guinée-Bissau (départements de Cacine, Bedenda et Quebo)

1 000 000 au total dans les pays suivants : Guinée, Sierra Léone, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : 3500
Activité traditionnelle en milieu rural : Agriculture-chasse

Les Peulhs

Berger PeulPeulhs C'est incontestablement une des ethnies les plus connues d'Afrique et sûrement la plus disséminée : ils représentent un pourcentage non négligeable de la population dans les pays suivants : Mauritanie, Sénégal, Mali, Tchad, Guinée, Guiné-Bissau, Sierra-Léone, Libéria, Burkina, Niger, Nigéria mais sont descendus durant leurs conquêtes jusqu'en Centrafrique ou au Cameroun! A travers les pays, on les appelle de nombreuses manières : les Peulhs, les Fulas, les Fulanis, les Pulaars, les Haal-Pulars, ....mais la langue reste la même et les coutumes sont inchangées depuis les ancêtres. Musulmans orthodoxes ou membres de la confrérie Tidjane, leur activité traditionnelle est l'élevage. Mais au fil des années, les difficiles conditions climatiques et l'explosion démographique les ont forcés à exercer d'autres professions : coiffeur, taximan et petit marchand sont les principales. Leur petite taille, leur teint clair et leurs traits fins les font souvent passer pour des métisses. Les légendes touchant à l'origine des Peulhs sont très nombreuses. On dit par exemple qu'ils viendraient d'Ethiopie ! Leurs similitudes avec les guerriers Massaïs du Kenya sont nombreuses : peuple nomade vénérant les bovins qui font leur richesse à tel point qu'en tuer ou en vendre un est un acte impensable. Cette vénération fait la pauvreté des Peulhs car leur travail ne leur rapporte pas de quoi vivre. Les troupeaux devant rester dans la famille il n'est pas rare de voir se concrétiser des mariages entre proches cousins. Les bovins de plus en plus nombreux n'ont plus de quoi se nourrir et meurent de faim durant les mois secs de l'année. On accuse pour cela les Peulhs d'appauvrir le pays et de contribuer à la désertification par l'appauvrissement des sols. Les noms de famille sont très peu variés : plus de la moitié des Peulhs s'appellent Bâ, Baldé ou Diallo ! Bâ est cependant plus courant en Guinée. Les prénoms masculins sont les mêmes que les autres ethnies musulmanes (Mamadou, Abdoulaye, Lamine...). Les prénoms féminins ont eux plus tendanceà ajouter le suffixe "mata" : Oulimata, Fatoumata, .... NénéGalé est également assez courant chez les Peulhs. Les Peulhs sont assez peu scolarisés et on les retrouve rarement aux hautes places en politique comme en affaires.

Photo à droite : un berger peulh

Population en Guinée-Bissau : 280 000
Activité traditionnelle en milieu rural : Élevage

& Le troupeau des songes : le sacrifice du fils et l’enfant prophète dans les traditions des Peulhs. Un livre de Souleymame Balde et Diawne Diamanka
& Les aventures de Kataboum : conte bilingue français-peul de Pierre Gourou 
& Dictionnaire pluridialectal des racines verbales du peul : peul-français-anglais de Christiane Seydou 
& Le Fantang, poèmes mythiques des bergers peuls textes de la tradition orale de Siré Mamadou Ndongo. Le Fantang est un long poème lyrique, parfois ésotérique, d'initiation aux divers aspects de la société pastorale peule. C'est au Sénégal qu'il s'est répandu avec le plus de vitalité. Analyses et commentaires, tant historiques que thématiques.
& Peul  : méthode de langue 
& Les Peuls du Dallol Bosso, coutumes et mode de vie de Boubacar Hama Beïdi. Un Peul explique et raconte tout ce qui fait la vie du peuple peul (peuple originaire de l'Afrique occidentale et établi au Mali, en Guinée et au Sénégal). Les rites de naissance, de mariage, de mort, les habitudes alimentaires et vestimentaires y sont décrits.
& Classification et représentation des propriétés lexicales en Peul de A. Mohamadou 

Les peuples de la montagne

Tendas-Bédiks : animistes des montagnes du Sénégal oriental et du Fouta Djalon guinéen, on les retrouve à l'extrême Nord-Est de la Guinée-Bissau. Leur langue, leurs traditions et leur culture les rapproche des Bassaris avec lesquels ils partagent le terroir. Très peu nombreux, leur présence se limitent à quelques villages perchés sur des collines. Leurs noms de famille sont d'inspiration Mandingue qui ont envahi la région au siècle dernier : Keita, etc..

10 000 au total dans les pays suivants : Guinée, Sénégal, Guinée-Bissau, Mali
Population en Guinée-Bissau : <1000
Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse-cueillette

& Bédik, les visages de Marie-Paule Ferry, Pierre Rauscher et Jules Tamba Keïta 
& Bedik, images de savoir-faire de M.-P. Ferry
& Les dits de la nuit contes tenda du Sénégal oriental de Marie-Paule Ferry 

Masque BassariBassaris : connus pour avoir conservé leurs traditions, ils habitent dans les villages les plus inaccessibles du Sénégal. Cachés dans les montagnes on ne peut souvent les atteindre qu'à pied. Leur langue n'est connue que d'eux-seuls. Certains ont été évangélisés par les missionnaires présents depuis 1975 (Mission du Père Jean à Salémata-Sénégal). Quelques Bassaris vivent dans l'extrême Nord-Est de la Guinée-Bissau. Leur hiérarchie sociale est la même qu'au début du siècle lorsque les premières invasions peulh les ont poussés sur les plus hauts sommets du Fouta Djalon. Chasseurs émérites, ils sont également d'habiles apiculteurs. Ils n'ont pas plus d'une dizaine de noms de famille parmi lesquels figurent Bianquinch ou Boubane (tous leurs noms de famille commencent par le lettre B).

Photo à droite : masque traditionnel bassari pendant la fête du caméléon

Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse-cueillette
15 000 au total dans les pays suivants : Guinée, Guinée-Bissau, Sénégal
Population en Guinée-Bissau : <500

& Les Bassari du Sénégal : fils du caméléon de J. Girard 
& L'archer Bassari de Modibo S. Keita et Modibo Sounkalo
& Les migrations des Coniagui et Bassari de Monique GESSAIN

Coniaguis : de la même famille ethnique que les Tendas et les Bassaris, leurs langues présentent quelques similitudes. Comme ces derniers ils sont très peu nombreux et vivent dans les collines du Fouta Djalon mais plutôt du côté guinéen (Youkounkoun). Complètement animistes c'est un des peuples les plus discrets et isolés d'Afrique de l'Ouest.

Activité traditionnelle en milieu rural : Chasse-cueillette
30 000 au total dans les pays suivants : Guinée, Sénégal, Guinée-Bissau
Population en Guinée-Bissau : <1000

Les métis (10000 ?)

Métisse de Bissau La plupart sont de descendance capverdienne même si certains sont issus de liaisons entre des Portugais et des ethnies typiquement bissau-guinéennes. Durant les années coloniales, une grosses partie des cadres et des commerçants étaient des métis capverdiens. Amilcar Cabral lui même était métis. Durant la guerre, une partie importante de cette population métis capverdienne est rentrée au Cap Vert. Peu après l'indépendance, le coup d'état de Nino Vieira contre le frère d'Amilcar Cabral, lui aussi métis, a entamé une purge des métis présents dans les institutions. Cela a provoqué un nouvel exode des métis vers le Cap Vert et le Portugal. Enfin, la guerre civile de 1998-1999 et l'instabilité qui a suivi jusqu'en 2004 a poussé la population métis qui en avait les moyens à rejoindre leurs familles installées au Portugal ou au Cap Vert. Aujourd'hui, Bissau demeure la capitale d'Afrique continentale qui compte la plus grande part de métis. Jadis élite du pays, beaucoup de ceux qui sont restés vivent dans les mêmes conditions de pauvreté que le reste de la population. Moins de 10.000 métis résideraient encore au pays. Ils sont tous chrétiens et ont tous comme langue principale le portugais ou le créole (kriolo).

Photo à droite : une jeune fille métisse à Bissau

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